Alerté par les cris des parents merles du jeune oisillon, je l’ai trouvé au sol, alors qu’une pie venait de le déloger. Il était quasi sans plume au soleil, un jour de canicule. Trop petit et faible, ses parents ne pouvaient pas le remettre dans le nid. La mort aurait été certaine.
Aussi, le sauvetage d’un merle semblait improbable, mais c’était sans compter sur la résilience du jeune oiseau et notre détermination à le sauver. Vivez l’histoire du sauvetage d’un merle tombé du nid.
Elles étaient cruciales, il fallait absolument qu’il se nourrisse. En effet durant les premiers jours de la vie d’un oisillon, ses parents lui apportent à manger environ toutes les 40 minutes.
Pour simuler le bec du merle nourricier, j’ai taillé un bâtonnet de glace de façon à obtenir une forme en pointe émoussée.
De surcroît, il fallait encore lui faire accepter d’ouvrir le bec. Il était très affaibli par la chute, le choc thermique et la perte de ses repères sensoriels. Mais après 2h de stimulations régulières en lui chatouillant le cou, il a pris les premières miettes de nourriture.
Les merles sont essentiellement insectivores, tout particulièrement pour les oisillons qui ont besoin d’énormément de protéines. Comme je n’avais pas la capacité de ses parents à attraper les insectes, la solution était de le nourrir avec de la pâtée pour chat.
Etant au cœur de l’été, le soleil se couchait à 22h. Il prit son dernier maigre “repas”, mais il était toujours les yeux fermés et n’était toujours pas vigoureux. Quelle surprise le lendemain matin de découvrir au réveil un oisillon toujours vivant et…affamé !
A partir de ce moment toute la famille se passait le relais pour le nourrir toutes les 45 minutes. Au bout de quelques bouchées (des très petites quantités), il s’endormait. Mais à la minute dite, il ouvrait grand le bec pour accueillir la pâtée providentielle.
Le duvet apparait, ainsi que la base des futures plumes. Elles ne sont encore que des sortes de petits tuyaux rigides.
Le 5ème jour, nous avons procédé à un déménagement et l’avons transféré de sa petite boîte à chaussures pour un carton beaucoup plus spacieux. Toujours avec un petit nid de tissu recouvert d’essuie-tout.
Nous veillons à ce que son lit soit toujours propre. Et c’est pour cela que l’essuie-tout était d’un grand secours.
Au 6ème jour, des plumes (certes courtes) étaient déjà bien présentes. Elles étaient apparues quasiment en une nuit. La rapidité de transformation était très impressionnante.
Au 7ème jour, Piou-Piou, baptisé ainsi car il n’arrêtait pas de faire cette onomatopée, a eu des envies de balade. En effet il ne tenait plus en place dans son grand carton et commençait déjà à utiliser ses pseudos ailes. C’est surtout par petits bons qu’il se déplaçait dans la maison, laissant quelques “souvenirs” au passage.
Les oiseaux adorent se baigner, c’est essentiel pour éliminer les parasites.
En lui proposant un bac d’eau le 9 ème jour, nous n’imaginions pas lui faire un si beau cadeau. La baignade chez l’oiseau n’est donc pas issue d’un apprentissage, mais bien instinctive. D’ailleurs, dans la seconde où il avait les pattes dans l’eau il claqua des ailes pour s’asperger. Et nous aussi au passage.
Ce 9ème jour est très important. En effet, il effectua ses premiers déplacements en volant.
Au 10ème jour Piou-Piou se découvrit des talents d’artiste lyrique. Ainsi, il entama des magnifiques vocalises.
Encore une nouveauté pour ce 11ème jour, avec une séance de bronzage sur la terrasse au soleil, en déployant ses ailes. D’une part pour les sécher, mais aussi afin d’éliminer certains parasites sensibles à la chaleur.
Le 12ème jour, le jeune merle goûta des nouveaux aliments. En lui mettant à portée de bec une mirabelle, il découvrit en plus du fruit…un asticot. De ce moment, il chercha dans la corbeille à fruits pour en trouver d’autres.
Le même soir, première nuit en hauteur sur son tout nouveau perchoir bricolé et suspendu à un lustre. Cependant, plusieurs vieux journaux au sol n’étaient pas superflus pour limiter les dégâts. Dès lors, extinction des feux à 22h jusqu’au lendemain 6h où il descendit en se posant sur ma main.
Le 15ème jour je l’ai posé sur une branche basse de catalpa, tout proche de l’abreuvoir des oiseaux. Ainsi il a pu commencer à observer ses autres congénères. Bien qu’il n’était pas trop rassuré sur le moment, il n’a pas cherché à en descendre. En revanche, quelques mésanges, curieuses, venaient de temps à autres se poser à côté de lui.
Au 19ème jour il passa un peu plus de temps à l’extérieur, mais en étant très discret. Cependant, quand il voyait l’un des membres de la famille (humaine), il venait se poser sur notre main. Quand il n’était pas dehors il nous suivait partout dans la maison.
Piou-piou passait de plus en plus de temps dehors, en ce 25ème jour, et c’était bien. Mais à notre retour d’une sortie il nous attendait à la porte de la maison.
Au 27ème jour, il cherchait maintenant de la nourriture seul. Dans le jardin, il grattait les feuilles séchées pour y déloger des petites limaces ou d’autres insectes. Il mangeait des prunes tombées et il était capable de récupérer de la pâtée tout seul sans notre aide.
Le 30ème jour il est sorti dès 6h30, toujours plus loin et ne répondait plus tout le temps. Il ne revenait plus régulièrement pour manger. Mais il était quand même rentré à la nuit tombée pour se coucher.
Ce 33ème jour, le jeune merle a été présent toute la journée. Il n’arrêtait pas de venir au contact, contrairement aux jours précédents.
Le 34ème jour, après avoir mangé, Piou-piou est sorti à 6h30 comme les autres matins depuis un moment. Mais il n’est jamais revenu.
Pour rendre hommage à ce jeune merle et à sa combativité des premiers jours, je souhaitais qu’il intègre la couverture du roman Chronique d’un chêne . C’est ce qui a été fait par la graphiste de l’éditeur. On le trouve perché sur le titre du livre, en première de couverture.
Dans la nature, le jeune adulte merle quitte ses parents lorsque le temps est venu. Il part fonder une famille plus loin sur son propre territoire. Et même si pour nous, le sauvetage d’un merle était une expérience nouvelle, nous espérons lui avoir donné suffisamment d’autonomie pour qu’il y parvienne. Car il s’agissait de le sauver mais en aucun cas de le domestiquer, bien que parfois il nous manque un peu. L’été suivant, un merle peu farouche s’approchait et répondait lorsqu’on l’appelait Piou-piou. Peut-être était ce lui ? Ou l’envie d’y croire.

